Sylvain DE BACKER, Business Angels du réseau, témoigne sur sa récente opération de Search Fund
Tout droit venu des États-Unis, le modèle du Search Fund s’installe progressivement en France… et Provence Angels vient tout juste de l’expérimenter ! Le principe est simple : un repreneur (alias le le searcher) bénéficie du soutien financier d’investisseurs pour lui permettre de reprendre une entreprise. Un concept novateur qui donne lieu ensuite au financement de cette acquisition. Et au sein de notre réseau qui de mieux qu’un Business Angel expérimenté pour nous immerger dans cette aventure ? Sylvain DE BACKER nous raconte son parcours et dévoile les coulisses de cette opération inédite.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a conduit à rejoindre Provence Angels ?
Je suis entrepreneur depuis plus de 15 ans et j’ai toujours autofinancé mes sociétés. Cette indépendance avait un revers : la solitude du dirigeant. Quand j’en ai eu la possibilité, il y a un peu plus de dix ans, j’ai choisi de devenir Business Angel pour apporter non seulement du capital, mais aussi du recul, de l’expérience et un réseau, bref un vrai soutien dans la durée.
Quand j’ai quitté Paris pour m’installer dans le Luberon, j’ai rejoint Provence Angels. Leur sélection est exigeante, le deal-flow est à la fois diversifié et de grande qualité, et l’esprit d’entraide est bien présent. C’était exactement l’environnement dans lequel j’avais envie de « give back ». J’y suis membre depuis environ trois ans.
Vous vous êtes récemment lancé dans une opération de search fund. Pouvez-vous nous en dire plus ? En quoi cela consiste exactement ?
Après avoir créé plusieurs sociétés de zéro, j’ai voulu écrire une nouvelle histoire : reprendre une entreprise existante, avec son patrimoine humain, ses valeurs, ses emplois et son savoir-faire. Plutôt que de « réinventer la roue », l’idée est de préserver ce qui existe et d’ouvrir un nouveau chapitre de croissance.
Le search fund répond précisément à cette ambition. C’est un modèle américain, né il y a près de quarante ans et largement diffusé à Harvard et Stanford. Le principe est simple : l’entrepreneur lève d’abord un capital de recherche (Search) auprès d’investisseurs qui croient en lui. Ce financement couvre deux à trois ans de recherche structurée. Lorsque l’entreprise cible est identifiée, ces mêmes investisseurs financent l’acquisition. On inverse ainsi l’ordre habituel : d’abord les investisseurs et la capacité de financement, puis l’achat. Cela apporte crédibilité et rapidité auprès des cédants.
Pourquoi avoir choisi ce modèle de financement plutôt qu’un autre ?
L’auto-financement limite mécaniquement l’ambition et la taille des projets. À l’opposé, travailler avec un fonds de private equity est une option valable mais où l’alignement avec le dirigeant est parfois moins naturel.
Le search fund place au contraire l’opérateur au centre : il dirige l’entreprise au quotidien, détient une part significative du capital et s’appuie sur une gouvernance claire.
Les investisseurs, eux, jouent le rôle de partenaires de long terme, présents au board pour apporter exigence, expérience et réseau, sans intervenir dans l’opérationnel. Cela me permet de viser des entreprises plus conséquentes, tout en gardant une approche entrepreneuriale et une relation de confiance avec le cédant.
Quel type d’entreprise recherchez-vous aujourd’hui et quelles sont vos prochaines étapes ?
Dans un search fund, on suit une thèse d’investissement définie avec les investisseurs : elle fixe le profil d’entreprise, la taille, l’activité et le périmètre visé. Les investisseurs financent la recherche avant même que la cible ne soit identifiée ; l’entreprise choisie doit donc correspondre à cette thèse.
La mienne privilégie les caractéristiques d’une société plus que son secteur. Je recherche une PME industrielle, en bonis, avec du savoir-faire reconnu, une maîtrise de la qualité, souvent évoluant dans un secteur de niche. Cela fait écho à ma formation d’ingénieur. J’ai aussi de l’expérience en logiciel et en prestations de services, alors je reste ouvert. Côté taille : une entreprise établie, de 50 à 250 salariés, réalisant 10 à 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec une clientèle fidèle et une organisation suffisamment structurée. Le périmètre est limité à la France métropolitaine.
Les prochaines étapes consistent à identifier des entreprises cibles et contacter les dirigeants, qualifier les dossiers, effectuer des visites et des pré-diagnostics, puis présenter aux investisseurs les entreprises conformes à la thèse pour avancer vers une LOI, les diligences et le montage de reprise.
En parallèle, je multiplie les contacts dans les filières et sur les salons professionnels. Et pour conclure, le réseau des Business Angels de Provence joue un rôle précieux, car bien souvent ces sociétés ne sont pas officiellement à vendre et c’est le réseau qui permet d’y accéder en amont.
Quel a été le rôle et l’apport de Provence Angels dans cette opération ?
Le rôle a été déterminant. Dans un search fund, le plus difficile est de convaincre les premiers investisseurs : au départ il n’y a pas encore d’entreprise à acheter, ils doivent donc miser avant tout sur l’entrepreneur. Les membres de Provence Angels ont été les premiers à répondre présents. Pour les investisseurs étrangers, c’était aussi un signal fort : la preuve que des acteurs locaux faisaient confiance au projet et à l’entrepreneur.
Comme je fais partie du réseau et que j’avais déjà co‑investi avec certains membres, la relation de confiance s’est construite naturellement. Leur profil d’investisseurs reconnus, avec un ancrage industriel solide et une bonne connaissance du marché des PME, a renforcé ma crédibilité auprès de partenaires internationaux comme des dirigeants que je rentre qui peuvent s’identifier. Leur apport va bien au‑delà du financement : échanges réguliers, mises en relation et retours concrets de dirigeants. Ce sont les interlocuteurs les plus proches, avec qui je peux tester mes idées en toute confiance.
Enfin, du point de vue d’un Business Angel, investir dans un search fund a beaucoup de sens : c’est un modèle éprouvé depuis plus de 40 ans, avec un TRI moyen de 35% (!), déjà adopté en France avec plus de 16 acquisitions réussies. Le couple rendement/risque est attractif car il s’agit d’entreprises établies et rentables. C’est une classe d’actifs parfaitement cohérente avec la philosophie des Business Angels : accompagner dès le départ des entrepreneurs ambitieux, les soutenir concrètement, tout en accédant à de belles opérations qui, jusqu’ici, étaient plutôt réservées au private equity.
